Le projet de « Polyglossies »

Il ne fait guère de doute que L’Europe, au 18e siècle, parlait français ; mais de quelle manière ? Marc Fumaroli terminait la préface de son ouvrage sur la question par une opposition entre « les artistes de la conversation française » (dont le 18e siècle fournirait aujourd’hui le modèle à une élite internationale francophile) et « les écoles Berlitz du néo-français » (comprises comme le symptôme d’une mondialisation qui privilégie la communication efficace sur la recherche de l’expression) [1].

Ce blog entend interroger cette opposition à travers l’étude d’un corpus particulier : celui des méthodes de langues étrangères à l’intention des francophones au  18e siècle — lesquelles ont tendance aussi à se  présenter comme des méthodes de français pour les allophones. L’existence de ce corpus apporte un double éclairage sur les modalités de diffusion de la langue française dans l’Europe des Lumières. Quantitativement, il indique que les Français apprenaient les langues étrangères ; qualitativement, il donne à lire quelle langue française on apprenait alors en Europe, dans les écoles ou au cours des voyages. Au croisement de ces deux critères, on se rendra également compte que la langue française sert bien souvent de langue véhiculaire pour l’apprentissage d’une seconde langue par le locuteur d’une tierce : la diffusion du français est ainsi le point d’appui de celle des autres vernaculaires.

Ce blog, commencé dans le cadre du Certificat de Compétences Numérique du CFDIP, est donc consacré à l’inventaire de ces manuels de langue et à l’analyse du corpus ainsi constitué. Sa rédaction se situe dans le prolongement de travaux menés dans le cadre de l’Histoire des traductions en langue française, 17e-18e siècles (Verdier, 2014).

Sa première fonction est d’inventaire : il a pour première ambition de contenir un répertoire des différentes méthodes de langue disponibles au 18e siècle dans la librairie francophone. Cet inventaire peut être exploré par type d’ouvrages (manuels ou dictionnaires), ou en fonction de la langue étudiée (voir la liste dans la colonne de droite). Aux manuels s’adjoignent les dictionnaires bilingues, leur complément naturel (les deux faisant parfois partie d’une même entreprise éditoriale, comme le manuel et le dictionnaire danois de Nazaire Chamereau).

La deuxième fonction est de typologie : il s’agira, dans une  série de notes de synthèse, d’analyser les caractéristiques thématiques, pédagogiques et codicologiques de ce corpus particulier. Ces notes, quoique publiées sous forme de billets, pourront être amenées à évoluer au fur et à mesure de l’étoffement du corpus.

Chaque fois qu’il sera possible, on donnera pour chaque ouvrage un lien vers une version numérique disponible en ligne ; on en proposera sinon les références dans une bibliothèque de recherche française. Les articles de synthèse traitent de problématiques transversales permettant l’analyse du corpus.

Ce projet est animé par Dimitri Garncarzyk, qui a participé à la rédaction de l’Histoire des traductions en langue française, avec la collaboration de Victor Toubert (méthodes d’italien).

Vous pouvez également consulter les mentions légales.

[1] Marc FumaroliQuand l’Europe parlait français, Paris, Librairie Générale Française, 2001, p. 27 ; réédité dans La Grandeur et la Grâce, Paris, Laffont, « Bouquins », 2015, p. 19.

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